Nigeria

La période de 1982 à 1983


 

Juillet 1982 à Novembre 1982 – Saclay : Organisme de recherche scientifique et énergie nucléaire, situé dans la vallée de Chevreuse à une vingtaine de kms de Paris. C’est la période de la maintenance et de modification des installations électriques. Ces travaux sont exécutés par une entreprise extérieure (pas la nôtre). Le client fait appel à nous pour avoir un responsable de consignation (mettre les réseaux basse et moyenne tension hors service, faire les mises à la terre avant travaux pour sécuriser l’entreprise et surtout faire signer le document d’autorisation de travail). Le responsable de Paris du service auquel je suis loué, pense à moi car j’ai travaillé pour EDF. Nous sommes donc convoqués par le client sur place afin qu’il me présente.
Dans la journée, je fais un aller-retour en voiture le Cern/Saclay et on va me confier cette tâche. La condition est de ne pas dire de quelle société je suis (je n’ai jamais su pourquoi). C’est le début des vacances scolaires et j’ai quelques jours de congé. Nous partons en Alsace dans notre maison. Ensuite au boulot. Départ en voiture quatre heures du matin, arrivée Saclay huit heures trente. Le vendredi, départ dix-sept heures, maison vingt et une heure trente. Pour me loger, je trouve une demi-pension, dans un hôtel restaurant à Gif sur Yvette pas très loin de mon travail. Le midi, je mange au restaurant avec le personnel qui m’emploie. Les vacances terminées, on retourne au caravaning à Saint Genis Pouilly. Le dimanche soir, Anne Marie, avec les enfants, m’emmène à Genève où je prends le train de onze heures, arrivée gare de Lyon à six heures le matin, métro jusqu’à Gif sur Yvette où je récupère ma voiture de location et à huit heures je suis sur le site. Le vendredi soir, je pose ma voiture de location à l’hôtel, métro, train pour Genève.
J’arrive à vingt-trois heures et c’est la voisine, comme nous en caravane, qui garde les enfants le temps qu’Anne Marie me récupère. A cette époque déjà, beaucoup de gens travaillaient sur Paris car à Genève, pas mal de Bellegardiens occupaient le wagon. Beaucoup travaillaient à la poste où à la SNCF. La nuit, pas de bruit on dort, mais avant Paris, ça bouge car les banlieusards arrivent et le train est pris d’assaut. Le vendredi soir on ne dort pas, c’est le tarot depuis Paris jusque Genève.

Mai 1983 à Novembre 1983 – Nigeria : Baisse d’activité au CERN et Paris me demande de partir au Nigeria pour la réalisation de toute la partie électrique clé en main d’une brasserie pour le compte de Stella Artois Belgique.

Voyage : Le départ ligne régulière Paris Ouagadougou (Burkina Faso) avec arrêt à Lagos Nigeria. Les passagers se préparent et je m’aperçois que nous sommes très peu (à peine une dizaine). Il fait nuit et je trouve qu’il n’y a pas beaucoup d’éclairage à l’extérieur. La réponse est que le pays n’est pas sûr et que tous les avions se posent en bout de piste. Aux passagers de gagner l’aérogare à pied. L’avion ne perd pas de temps et repart. A l’aérogare, un chauffeur m’attend et nous quittons l’aéroport pour le staff que nous avons à Lagos (staff est une base de vie de mon entreprise qui comprend les bureaux, le bureau d’études, les cuisines avec réfectoire et cuisinier, les dortoirs pour le personnel local et celui en transit affecté sur des chantiers à l’extérieur). Ce sera le cas pour moi vu que mon chantier se trouve à Enugu au sud du Nigéria à 800 kms de Lagos. Je vais rester une huitaine de jours au staff pour étudier le dossier de mes travaux en appui du bureau d’études, faire la visite d’une brasserie à Lagos en cours de finition. Entre temps, mes deux chefs d’équipes serrurier et électricien arrivent. Ils étaient sur d’autres chantiers au Nigeria.

Mon patron à Lagos : Je le connais très bien car il était venu au CERN seconder mon chef d’agence lorsque nous étions en grosse activité. C’est lui aussi qui a demandé si possible, que ce soit moi qui vienne faire ces travaux. Je sais aussi qu’il a une totale confiance en moi. Il me met de suite à l’aise.
« Sur place, à toi de fixer le tarif horaire du personnel que tu vas employer (une soixantaine de prévu) en t’alignant sur les tarifs du génie civil et des tuyauteurs pour éviter tous problèmes. A savoir aussi qu’il n’y a pas de liaison téléphonique et que tout se fait par radio si ça veut marcher. La paie, c’est le samedi après-midi en espèces, car pas de possibilité d’aller à la banque, il n’y en a pas. Tu partiras avec du liquide et une fois sur place, tu verras avec les autres responsables de chantier, comment tu peux camoufler ton argent. Je te donnerai aussi du liquide pour le responsable tuyauterie, c’est comme cela, c’est la consigne, chaque fois que des responsables passent par Lagos pour aller sur des chantiers (ils passent chez nous récupérer du liquide qu’ont laissé d’autres responsables = système D). Les horaires : 10 h par jour du lundi au samedi soir. Si tu as d’autres soucis, tu les règles sur place. La devise est le Naira qui n’a pas de valeur (0,0024 euro). Tu as un véhicule neuf qui t’attend sur place (Mitsubishi van 9 places) et trouve toi un chauffeur ». Conclusion de cet entretien, à bon entendeur, tu te débrouilles.

Recommandations : Au staff, les anciens me donnent quelques conseils : pour tes déplacements en voiture, te mettre toujours derrière le chauffeur afin de l’empêcher de se sauver en cas d’accident (le chauffeur est la personne que je paierai le plus cher). Avoir toujours de la monnaie et des cigarettes sur toi car le racket aux faux barrages de police, ça fonctionne bien surtout pour les étrangers. Te mettre si possible la police locale dans ta poche, ce que je ferai moyennant finances et boissons fortes. La mentalité de cette population est pourrie, ils sont voleurs, menteurs, sois donc strict et ne laisse rien passer.

Départ Enugu : Le départ est prévu et le chauffeur nous emmène tous les trois à l’aéroport. Pas de chance, nous revenons au staff car il n’y a pas de kérosène pour faire le plein de l’avion. Nous ferons une autre tentative le lendemain, peine perdue, mais le client commence à s’impatienter. Mon patron décide que nous partirons par la route ce que nous ferons le lendemain. Les deux chauffeurs du staff nous conduiront. La route est plutôt longue mais nous arrivons à bon port tard dans la nuit. Le lendemain matin, tous les trois, on se pose des questions car nous sommes très mal logés. Une maison avec tous les sols en carrelage et les murs bruts peints en gris. Un minimum pour faire le petit déjeuner et la cuisine le soir (le midi, il est prévu que l’on mange à la cantine du client). Ce sont des WC à la turque. L’eau est tout juste tiède. L’endroit est isolé et nous ne sommes pas très rassurés. Nous décidons donc de trouver au plus vite autre chose. Les chauffeurs nous emmènent au chantier. Il est loin du lieu où nous résidons et la route est très fréquentée et dangereuse.

Région Enugu Biafra : Elle se trouve au sud du Nigeria et est peuplée d’une ethnie appelée Ibos (catholiques) qui s’oppose à l’ethnie du nord (musulmans). Fin juin début juillet 1967, le Biafra proclame son indépendance. De fait, la manne pétrolière échappe au reste du pays car elle est située au Biafra. Le 6 juillet 1967, début de la guerre. Fin de cette guerre janvier 1970. Le Biafra est repris par le Nigeria.
Le bilan est très lourd : plus d’un million et demi de morts. Inutile de vous dire que 13 ans après ce n’est pas le grand amour entre ces deux ethnies.

Le site : On se trouve à une vingtaine de kms d’Enugu à proximité d’un petit bled dont j’ai perdu le nom. On se présente au responsable de Stella Artois (il n’y a que lui comme Belge), qui lui nous présente à la société française maître d’œuvre du nom de Technip (ingénierie pour l’industrie) qui a en charge le suivi de la bonne exécution des travaux (génie civil, tuyauterie, électricité). La cantine pour le personnel expatrié à midi y compris nous trois, l’approvisionnement de la nourriture, l’entretien du groupe électrogène car c’est le seul moyen que nous avons pour l’électricité, etc…). La première remarque de la personne qui suit les travaux électriques : je n’aime pas votre entreprise : Pas de doute, je vais l’avoir sur le dos. Pour finir, j’aurai le dernier mot, car il aura bien plus besoin de moi que moi de lui d’autant qu’en électricité il a des lacunes.

A savoir : Le jour de notre arrivée, il y a foule qui nous attend sur le site. Ce sont des gens qui veulent tous travailler (peut être une cinquantaine). Mes deux chefs d’équipe qui sont rodés, me disent : pas d’affolement, tu renvoies tout le monde et tu leur dis qu’ils reviennent demain. Sur place, j’ai deux personnes qui se présentent, un Béninois et un Ghanéen qui font partie de notre entreprise, ils parlent français et nigérian. Ce sont eux qui vont se charger de passer le message à tout ce monde. Je vois aussi les autres responsables génie civil et tuyauterie. Le génie civil est en phase de finition et c’est le maître d’œuvre qui se charge de la fin des travaux. La raison, les responsables ont été attaqués où ils logeaient par des voleurs qui en voulaient à leur argent. Ils ont pris la fuite pour Lagos afin de rentrer en France. J’ai cru comprendre que ça s’est mal passé, un blessé coté nigérian. Ils logeaient un peu comme nous isolés.

Hébergement : Sans tarder, j’appelle mon patron à Lagos et je lui dis : il faut que tu nous trouves une solution, on ne restera pas où nous sommes : il n’est pas surpris, les chauffeurs en avaient déjà parlé. Il me dit : j’ai la réponse, mais il faut que tu voies le client. J’ai un mobil home neuf à ma disposition pour tes deux chefs d’équipes mais rien pour toi. Je vais voir le client (le belge) et je lui explique. Pour le mobil home, vous le posez au chantier. Pour toi, je te propose un futur bureau que l’on va équiper. On trouve un lit, une table et une chaise et le tour est joué. Par contre, trouve une solution avec le maître d’œuvre pour le petit déjeuner et le repas du soir. Je négocie le prix et deux jours après nous sommes installés.

L’argent liquide : Le responsable génie civil avait une planque chez lui, le tuyauteur dans le faux plafond. Moi, j’avais un attaché case et j’ai toujours gardé l’argent avec moi. Lorsque je quittai mon bureau pour aller au chantier, je fermais avec 2 cadenas.

La paie : Tous les samedi après-midi, c’est la paie. La préparation est vite faite, le nombre d’heures travaillées multiplié par le tarif horaire que j’ai défini sur place en consultant mes collègues.

Pour ce faire, Louis le Béninois m’est très précieux, il est avec moi au bureau. Mon chef d’équipe, le serrurier (un balaise d’une cinquantaine d’années) se met à l’entrée du conteneur. Une seule personne entre à la fois et la porte est fermée. Vu que bien souvent, pour eux ce n’était pas juste, soit je réglai le problème avec Louis soit j’appelai mon balaise qui faisait comprendre au gars que le chef n’était pas un voleur. Et si ça ne marchait pas, il le prenait par les épaules et dehors (jamais de commentaires). Ça s’est toujours passé ainsi sans trop de friction.

Le chantier : J’ai deux conteneurs, l’un me sert de bureau et l’autre de magasin. Entre les deux, l’atelier avec une bâche tendue. Pour l’électricité le groupe électrogène du client. Il y a toujours autant de monde qui veut travailler devant l’entrée. Je ferai ma première sélection avec une quinzaine au départ et par la suite je ne dépasserai pas la trentaine alors que le bureau d’études en avait prévu bien plus. D’ailleurs, à Lagos ils sont plutôt septiques à ce sujet, mais ils verront que je m’en sors très bien. J’ai récupéré le véhicule de chantier et trouvé un chauffeur qui est bien mieux payé que le reste du personnel car je n’ai pas le choix. J’ai aussi embauché un gardien qui sera de garde la nuit et qui me coûte cher aussi (surtout ne pas rire, son équipement arc et flèches). La preuve de son efficacité, quand il est venu chercher sa paie, j’ai demandé à Louis qu’il nous fasse voir ce qu’il sait faire en cas de vol. Démonstration 40 à 50 m dans le mille avec sa flèche. J’ai aussi besoin d’un échafaudage qui coûtera le même prix que mon véhicule. A savoir que pour ce chantier, toutes les quantités de matériel seront estimés au bureau d’études sur plan à Lagos et tout viendra de France (luminaires, câbles, chemin de câble, visseries, etc…) donc pas question de se tromper lors de l’exécution des travaux dans les quantités pour la simple raison qu’il est très difficile de se réapprovisionner et je ne vous parle même pas du prix.

Anecdotes : Mon premier travail fut de mettre l’ensemble du bâtiment à la terre pour la sécurité. Ce travail consiste à faire une tranchée de 60 cm de profondeur sur 40 cm de largeur tout le tour du bâtiment (comme ils ne sont pas rapides, c’était long à faire). Dans cette fouille, on met un câble de cuivre nu de 50 millimètres carré qui viendra se fixer sur un support en laiton soudé sur la charpente. Cette opération se fait sur les piliers métalliques espacés de cinq à six mètres. Pour souder ce support, il faut un moule dans lequel on met de la poudre. Avec un allume gaz, on enflamme la poudre (ce qui va faire un certain bruit et surtout de la fumée). Cette opération terminée, le support est soudé sur la charpente. J’avais choisi deux personnes pour leur faire voir afin qu’ils fassent le travail. Au bruit et à la fumée, ils se sont sauvés comme des lapins. Je pense qu’ils m’ont pris pour un mauvais esprit ou un mauvais gourou. Dans tous les cas, pas question de leur faire faire ce travail. Et c’est mon chef d’équipe qui s’est payé ce boulot. Pour la pose des luminaires, il fallait percer la charpente métallique à cinq et six mètres de hauteur. J’en ai pris deux et je suis monté avec eux sur l’échafaudage (traçage, pointage avec marteau et pointeau et perçage avec bien sûr une perceuse). La démonstration faite et ayant pensé que c’était compris, je suis redescendu.

J’ai entendu taper, taper, taper et j’ai compris qu’ils pensaient percer la charpente avec le marteau et le pointeau. J’ai dû faire monter avec eux le Ghanéen qui parlait nigérian qui m’a expliqué qu’ils avaient peur de se servir de la perceuse. Le chauffeur, c’est le chauffeur et pas question de lui faire faire autre chose que de conduire. C’est le mieux payé et il est dans son coin à attendre que j’aie eue course à lui faire faire. Pour éviter les problèmes, car ils sont jaloux les uns des autres, je me débrouille pour l’éloigner des autres. Mais il ne perd rien car je ne vais pas le rater à la première occasion. Enfin malgré tout cela, on arrive à nous trois à faire tourner le chantier. J’ai tout de même de la chance d’avoir mes deux chefs d’équipes rodés, mon Béninois et mon Ghanéen qui en plus parlent le français et le nigérian. Un matin, Louis mon Béninois est absent. On me dit qu’il n’est pas bien et qu’il serait à l’hôpital. Dans la matinée, avec le chauffeur je vais au patelin. En fait ce n’est pas un hôpital mais une espèce de maison médicale ou dispensaire. Je vais voir Louis qui attend toujours. Je vois une personne en blouse blanche, je pense un médecin et Louis me dit « patron, il veut bien me soigner mais il faut que vous payiez », ce que je ferai et Louis est au travail le lendemain. Je pense que le docteur savait qu’il travaillait à la brasserie avec des Français.

Le climat : C’est humide à 60, 70%.Presque tous les jours, on a droit à une averse le matin et une ou deux l’après-midi avec un bon orage. C’est le déluge pendant 10 à15 minutes. Il fait lourd et chaud ce qui fait que vingt minutes après, on ne voit plus rien tout est sec. Après la pluie, il y a de gros lézards qui sortent je ne sais de quel endroit et qui viennent se dorer au soleil. Ces pluies et orages sont toujours en majorité le jour et pas la nuit.

La police locale : Je l’ai vue à mon arrivée et je n’ai pas oublié les recommandations des anciens. Ils passent régulièrement pour voir si tout va bien et surtout se faire payer à boire. A savoir, ce sont toujours les deux mêmes et ce sont les maîtres du coin. Ils sont craints de tout le monde. En cas de problème, les claques fusent, les coups de poings et coups de pieds aux fesses, ça fonctionne. Je leur payais la bière la journée mais ils ont vite compris que le samedi soir c’était mieux.
On leur payait le pastis et le whisky, pas de problème. Une fois, ils étaient bien arrangés et pour nous montrer leur savoir, ils nous ont fait une démonstration de tir au pistolet et ils n’étaient pas peu fiers. Et pour finir, ils nous proposaient de nous prêter leurs armes pour faire comme eux, ce que nous n’avons pas fait bien entendu.

Le directeur belge avait laissé entendre que lorsque la brasserie serait en cours de finition, il comptait embaucher quelques bons éléments, en prenant mon avis. Quelle belle affaire, ils voulaient tous être pris. Je suis devenu comme Dieu et on essayait de m’acheter par tous les moyens. (Bière, pastis et même du poisson et je ne sais quoi encore). C’est là que j’attendais le chauffeur à qui j’ai rappelé comment il s’était conduit pendant les travaux et que je ne ferai rien pour lui. Il est revenu avec un parent bien habillé et une bouteille de pastis que j’ai refusée.

Je me suis rendu compte que je ne pourrai pas régler le problème tout seul et j’ai fait appel à mes deux policiers. Ils sont venus et tout a duré une bonne heure (j’ai assisté de loin) et le problème a été réglé définitivement.

Les loisirs : Le samedi assez souvent en début d’après-midi, avant la paie, j’envoie le chauffeur et mon chef d’équipe à Enugu acheter des langoustes et langoustines que l’on fait le soir au barbecue à leur mobil home. Après, c’est la partie de tarot qui dure une bonne partie de la nuit (bien souvent trois ou quatre heures du matin). Pour cela, on se tape la bouteille de whisky mais avec du coca. Le dimanche, je fais mes relevés de travail de la semaine car nous sommes payés à l’avancement des travaux. C’est là que ce n’est pas toujours simple avec l’équipe qui suit les travaux et qui ne nous aime pas trop. D’office, ils pensent que je charge les avancements pour gagner plus. Je fais aussi travailler le chauffeur le dimanche quand nous voulons sortir. Si on va à Enugu, on fait le souk qui ressemble à celui de Syrie et d’Algérie. C’est noir de monde avec la musique à fond. Quand ça commence à crier et à se sauver, c’est le vol à coup sûr qui s’est passé. Soit c’est les commerçants, soit la police qui leur font la chasse. Dans les deux cas, s’il se font prendre, c’est leur fête et les coups pleuvent. La police, c’est pire encore car suivant la gravité du vol, ça peut aller jusque l’amputation d’un doigt (je ne l’ai pas vu mais rien ne m’étonne). Ne pas oublier que la guerre est encore dans les esprits et qu’ils ne sont toujours pas acceptés). Nous, à chaque sortie, on a droit au faux barrage de police. Nous sommes bien équipés en argent et cigarettes, mais il faut tout de même négocier. On va aussi au bled boire une bière dans un espèce de café. Ceci dit c’est sale et ça pue et merci pour le nuage de mouches en plein soleil sur les étals de poissons et de viande. Une autre fois, on a fait une sortie pour voir les crocodiles en liberté. C’était bien vrai mais difficile de les voir. A midi, on a fait un pique-nique dans un petit bois et on avait du poulet froid. Je ne sais pas d’où ils sortaient mais on a eu de la visite d’indigènes. On leur a jetés des morceaux de poulet car ils avaient peur d’approcher. On a entendu crac, crac c’est eux qui mangeaient tout, y compris les os (ce n’est pas une blague). Une autre fois, le responsable tuyauterie, qui avait un 4×4 range rover et qui avait un fusil, revient avec une gazelle et des rats des champs. On a fait cela au barbecue. Pour la gazelle, ça allait mais pour les rats, je n’ai pas pu manger et pourtant il paraît que c’est bon.
Un jour sur la route, on rattrape une voiture avec le haillon pas entièrement baissé et des pieds dépassaient, je ne sais plus quatre ou six. Le chauffeur nous explique que c’est comme cela qu’on transporte les morts.

La salle de brassage : Dans notre prestation, la salle de brassage n’est pas prévue, je ne sais d’ailleurs pas pourquoi. C’est à la charge du maître d’œuvre. C’est la partie de la brasserie où les équipements sont minutieux (petites vannes, petits moteurs). C’est une personne spécialisée qui va venir de France pour superviser ces travaux. La pose des câbles et raccordements sont à faire par le client. Le directeur belge vient me voir en me disant : j’ai déjà eu ton patron à Lagos, le maître d’œuvre a vu de quelle manière tu travailles avec ta main d’œuvre locale.
Il me laisse tomber car il n’est pas capable d’assurer la bonne marche de l’installation de la salle de brassage. Tu as dû remarquer que je suis tout seul et je ne les maîtrise plus. Pour ton patron, tu lui donnes les informations dont il a besoin pour qu’il puisse me faire une offre. De toute façon je n’ai pas le choix, tu feras le travail. Pour moi, c’est facile car pas de fourniture, que de la main d’œuvre. Lorsque je suis prêt, je communique à mon patron par radio en lui disant : tu peux doubler le prix. C’est ce qu’il fera et je ferai le travail en appui du superviseur français (je ne sais pas qui a payé les pots cassés).

L’alimentation électrique : Elle se fait par deux groupes électrogènes. Un normal, l’autre en secours. Je ne sais plus la marque ni la puissance, mais ils sont énormes. C’est une société française qui les installe. Moi je suis prêt pour la mise en service. Enfin, je peux contrôler mes installations avec une alimentation définitive ce qui n’avait pas été fait jusqu’à maintenant. Pour moi, c’est la fin qui approche, mon chef d’équipe serrurier est déjà parti et c’est mon chef d’équipe électricien qui fera les finitions. Pour moi c’est un peu dommage, car à huit jours près, je n’assisterai pas au premier brassage.

Retour Lagos : Cette fois ci, j’ai un avion Enugu-Lagos et le chauffeur me récupère à l’aéroport. Je vais rester quelques jours au staff pour tout régler. Mon patron est super avec moi et j’ai compris qu’il fait tout pour que je ne retourne pas en France, car son carnet de commande est plein. Il m’invite à manger à sa villa, où il y a son épouse et ses deux filles qui sont déjà grandes. Il m’a même trouvé une villa dans des quartiers sûrs et si je veux, je peux faire venir Anne Marie et les enfants. La question ne se pose pas, j’ai rempli mon contrat et je rentre en France.

Conclusion : Comme expérience professionnelle, c’est parfait surtout dans un pays comme le Nigeria. On te balance dans la nature et tu te débrouilles. Tu es seul maître à bord c’est ce que j’ai apprécié le plus. Quand tu prends une décision, qu’elle soit bonne ou mauvaise, personne ne vient te contredire. Ce n’était pas toujours de tout repos et je ne regrette rien.