Du Gard au Niger

La période de 1972 à 1979


 

1972 : A la période des cerises, je donne un coup de main à un voisin pour la cueillette car il les vend. Il a plus de soixante-dix ans et il me fait peur car, vent ou pas il monte à la cime de l’arbre car c’est là que les premières cerises mûrissent et se vendent bien plus cher. Je fais aussi la connaissance d’un voisin négociant en vin de la région qui, avec camion et remorque, fait des livraisons dans toute la France. On décide aussi de voir pour acheter un véhicule qui nous servirait de rangement et permettrait de tracter la caravane. C’est notre voisin, qui connaît quelqu’un employé à EDF, qui nous dit « allez voir à Pont Saint Esprit (Gard) car EDF a des véhicules révisés et en bon état qui sont vendus à des prix raisonnables. Je trouve un tube Citroën 13 chevaux gazole que je vais aménager y compris avec une vraie machine à laver. Ce sera aussi l’année d’un heureux évènement, la famille va s’agrandir.

La famille s’agrandit : L’évènement est prévu pour août et pour la petite histoire, il est prévu que l’on parte en Alsace deux semaines avant l’accouchement. La veille du départ, j’avais acheté des fruits et légumes de saison (tomates, melons, cerises, raisins etc…) mais pendant la nuit Anne Marie n’était pas bien. Le docteur est passé et à dit « pas question de faire de la route en voiture car vous n’arriverez jamais à destination » ; Anne Marie s’est donc retrouvée à l’hôpital d’Avignon et le matin à six heures, j’étais sur le parvis de celui-ci à donner fruits et légumes au personnel soignant. Pour finir, le petit Martin est né tard dans la soirée. Le lendemain, je suis allé à la mairie d’Avignon place de l’horloge pour déclarer mon fils et au moment de dire son prénom, je n’étais plus sûr de celui-ci. J’ai dit Christophe et bien sûr je me suis trompé car c’était Frédéric. Pas possible de revenir en arrière et Anne Marie pas très contente.
On a fait appel à ma belle-mère et mon beau-frère a fait un aller-retour d’Alsace pour l’amener vers sa fille. Quand tout est rentré dans l‘ordre, j’ai pris mes vacances et nous sommes partis en Alsace.
J’ai revu mon oncle de Marseille et sa compagne qui était infirmière. Et cette fois, à la différence de nos précédentes rencontres, on allait à son appartement qui se situait rue longue des capucines à quelques pas de la gare Saint Charles (quartier pas très recommandable) et très proche de la Canebière. Ils étaient contents de nous voir et si on n’allait pas régulièrement leur rendre visite, il se fâchait de ne pas voir le petit, comme il disait. En arrivant, je déposais Anne Marie et Christophe et j’allais rejoindre mon oncle qui m’attendait au bar sur la Canebière où je commençais à être connu par ses amis. Il m’avait à l’œil car après deux pastis, j’entendais discrètement « fini pour le petit »

Mère Anne Marie heureuse mettant son bébé Christoph dans la baignoire

1973 : Nous sortons un peu moins et faisons un peu moins de route aussi. Nous allons très souvent au pont du Gard et c’est là que Christophe fera ses premiers pas. Quand les beaux jours arrivent, nous allons à la mer au Grau du Roi (pour nous, c’est le plus près) sauf juillet et août car déjà à l’époque il y avait beaucoup de vacanciers et Nîmes était bloqué. C’est aussi l’année du début de la construction de la Grande Motte ce qui intriguait bien les gens du coin.

Xxx

Notre maison : 1973, nous allons décider de bâtir en Alsace notre maison dans le village d’Anne Marie. Le terrain nous a été donné lorsque sa maman a fait le partage.
Il se trouve à côté de la maison de ma belle sœur Thérèse et mon beau-frère Eddy en lisière de forêt. Mon beau-frère, qui lest maçon va gérer un peu tout ça. A savoir que mon beau-frère et moi, lorsque nous sommes en Alsace, nous nous entendons très bien.
De bonne corpulence, il a fait la guerre d’Algérie dans les parachutistes et a un bon savoir vivre. Je l’avais baptisé le bœuf car rien ne l’arrêtait. Un jour en promenade dans les Vosges, on a vu la maison qui nous plaisait. Mon beau-frère par la suite, a été voir les propriétaires en leur expliquant que leur villa nous plaisait. Ils acceptent que l’on fasse une copie des plans et une fois encore il va aller chez un architecte qu’il connaît dans les Vosges qui va accepter de faire le dossier pour le permis de construire. Cela va me coûter, si j’ai bon souvenir quelques planches de coffrage et quatre sacs de ciment. On n’est pas pressés et la maison va se faire tranquillement. N’étant pas là, je ne suis pas d’une grande utilité pour le début des travaux.

Xxx
Xxx
Xxx

Mes congés, dans les années à venir, se passeront en Alsace. Dès que cette maison sera habitable, nous y passerons nos vacances d’été et d’hiver. Par la suite, pour la rentabiliser un peu, on va la mettre à la location aux gîtes de France en se la réservant pour nos vacances. Au bout d’une année, pas mal de demandes (Belges, Anglais, Suédois) et comme ils se passent le mot, on a du monde une bonne partie de l’année. Gîte de France nous classe par épis. J’en aurai deux sur trois car la maison n’est pas assez fleurie. Difficile pour nous de faire mieux étant absents une bonne partie de l’année. Par contre, il faut recevoir ces gens à leur arrivée et l’accueil se fait en leur offrant (nous sommes en Alsace), le verre de vin blanc et le kouglof. Ce sera encore ma belle-sœur et mon beau-frère qui recevront ces touristes. L’hiver, comme le chemin d’accès est privé, en cas de neige, il déneige à la pelle les 120 mètres de déneigement. Pour leur éviter cette corvée ainsi que celle d’être aussi disponibles pour recevoir les vacanciers, on va donc décider, à contre cœur bien sûr, de la louer à l’année. Une agence du coin va s’en occuper. On a eu plusieurs locataires mais qui dit locataires dit aussi des problèmes ? Bruit de voisinage (trial le dimanche matin dans le village et la forêt), dégradations (portes dans la maison cassées à coup de poings suite à une dispute du couple et problème de paiement). Tout ceci s’est terminé chez l’huissier et j’ai récupéré tous les retards de paiements loyers et une indemnisation pour les dommages causés. Vu que nous ne sommes toujours loin, pas facile de régler tous ces petits problèmes.

On va décider de vendre la maison : On était en Alsace car on avait rendez-vous à la maison avec la personne de l’agence immobilière car notre locataire partait. Après notre entretien et que tout était bien défini, il ne lui restait plus qu’à retrouver un nouveau locataire.
Avec Anne Marie, on a fait le tour du propriétaire car tout n’était pas terminé (débords de toiture avec pose de frisette et peinture, sous-sol et chaufferie toujours en béton brut, montée d’escalier intérieur béton brut, aménagement des combles) et je me dis « bonjour les prochaines vacances car on veut terminer ». On se regarde, finalement nous ne sommes pas très intéressés de revenir en Alsace. La décision est prise, on vend. On retourne chez l’agent immobilier qui nous demande si on avait oublié quelque chose. « Rien, on a juste changé d’avis, on vend ». Il a dû se demander si on était bien dans notre tête et on lui a demandé de trouver le plus rapidement possible un acquéreur afin d’éviter de chauffer hors gel pendant l’hiver. Après un accord du montant du prix de la vente et ses honoraires, la maison sera vendue en 2001.

Xxx

1974 : Nous sommes toujours au village et nous avons fait de nouvelles connaissances.
Je vois assez souvent le maire qui est directeur de l’école. Un jour, il me demande « quel âge a le petit, deux ans ? » et il me dit « si vous voulez à la rentrée en septembre je vous le prends ». C’est ainsi que Christophe ira à l’école avec un peu d’avance et il prendra vite l’accent de la région.
Pour les sorties, c’est toujours le Grau du roi ou les Saintes Maries de la mer et aux beaux jours, le tonton à Marseille, le pont du Gard et bien sûr Avignon.

1975 : Jusqu’à l’automne, l’année va se passer comme d’habitude, mais je me rends compte que l’activité est en train de baisser, le crash pétrolier de 1973 est passé par là. Puis tout va aller très vite. Le personnel du service électrique et de maintenance va recommencer à faire des travaux que nous faisions. J’en parle à mon patron qui est surpris et a du mal à me croire. Le client prend rendez-vous avec lui et lui annonce qu’en décembre, il ne pourra plus nous occuper et nous sommes début novembre. Tout se passe très vite et la surprise est de taille pour tout le monde.

Mutation : Début décembre, pas trop de travail dans mon service. Je suis loué à un autre groupe de ma société qui fait du bâtiment et on m’envoie sur le chantier de la ville nouvelle de Sarcelles en région Parisienne. Le voyage est chaotique car il fait très froid. Anne Marie roule devant moi avec Christophe et je les suis avec le tube et la caravane mais dans le Morvan le gazole givre et j’ai du mal à avancer. Je m’arrête, je pose un carton sur la calandre pour éviter le froid, je roule et là, il chauffe. Vu qu’il est déjà bien tard, on fait une pause pour la nuit sauf que le chauffage de la caravane au fioul ne veut pas marcher. Tant pis, on dormira sans chauffer. Bref, on arrive à Sarcelles au petit matin. Je vois le conducteur de travaux qui me dit « il y a un problème car ce n’est pas un chef de chantier que l’on cherche mais un monteur ». Je contacte mon patron qui me dit « j’ai essayé de vous joindre mais vous étiez déjà parti. Pour l’instant, on n’a pas d’affectation pour vous, rappelez-moi dans la journée ». Du coup, vu que j’ai ma tante à Franconville (pas tout à fait à coté), je laisse le tube et la caravane et on part chez elle tout en laissant un écriteau sur le pare-brise du tube avec une explication. Pour me dépanner, elle propose que je me gare dans la rue à l’entrée du marché. Je vais donc chercher le tube et la caravane mais le soir, je n’ai toujours pas d’affectation ni le lendemain. Par chance, l’ami de mon oncle et ma tante est gardien d’immeubles à quelques km et je peux garer ma caravane dans la copropriété. Puis il est question que je parte en Belgique.

Pour finir, après huit jours d’attente, enfin on me trouve une mutation. Ce sera le CERN à Genève (loué au service équipement). Pour ce faire, je retourne sur mes pas pour une bonne partie de la route et la région est inconnue pour nous. Pour la petite histoire, à la sortie de Bellegarde sur Valserine, à une trentaine de kms de mon point de chute Saint Génis Pouilly, j’ai eu droit à un contrôle de gendarmerie en règle en guise de bienvenue. Tout y est passé (papiers tube Citroën, assurance, permis de conduire, état tube et caravane). Anne Marie est venue voir ce qui se passait car c’était long. Enfin, j’arrive à mon point de chute, qui est doté d’un caravaning pour les gens en déplacement, affectés à ce chantier du CERN avec l’équipement nécessaire (coffret électrique, une borne d’eau et deux blocs sanitaires).
Après m’être installé, je vais au village en quête de trouver une bouillotte pour mon fils car il fait très froid. Par chance, il y a une droguerie et à mon retour l’eau a gelé (dans le midi, ceci n’arrive pas). Sur ce chantier, après une période d’adaptation, je vais superviser le travail de connectique dans un premier temps et ensuite on me confiera de gros travaux. A savoir que je suis venu pour trois mois mais je comprends très vite que ce chantier est de longue durée, ce que mon patron du site confirme. Des travaux importants sont à venir. Le fait que je sois loué à ce service au statut de grand déplacé (donc plus cher que le personnel sédentaire) ne change rien. Je vais ainsi un peu faire le mort en évitant de prendre le moins possible de nouvelles de mon service attitré (postes EDF). En accord avec ma direction et à sa demande, je suis disposé à faire des missions ponctuelles en dehors du CERN si baisse d’activité.

1977 – Naissance de Valérie : La famille va s’agrandir en juin 1977 avec Valérie qui voit le jour à l’hôpital d’Annemasse. De ce fait, on va aussi changer de caravane (douze mètres de long, double essieu avec une vrai chambre) que j’achète en haute Savoie. Ce propriétaire est intéressé par la mienne qui est plus petite et on va faire affaire. Par la suite, plus trop envie de continuer à faire le tour de France avec deux enfants.

Xxx
Xxx

Mi 1979, baisse d’activité au CERN. Etant volontaire pour des missions ponctuelles, on va me demander de faire un séjour au Niger. Pour cela, je vais faire un aller-retour en train Genève/Paris dans la journée pour faire tous les vaccins demandés dans un centre spécialisé aux séjours à l’étranger.

 

Juillet 1979 à Août 1979 – Niger

Ma mission : La société pour laquelle je vais travailler se nomme Neptune Forex (société française) et est mandatée par Esso Amérique. Leur prestation, après forage par 1000 mètres de profondeur dans le désert, faire des sondages afin de détecter des nappes de pétrole et sitôt les sondages terminés, tout démonter et se déplacer dans un autre endroit pour la même opération. Pour permettre que ce démontage se fasse le plus vite possible et surtout le remontage (nous sommes quatre) notre prestation va être de modifier tout le système de raccordement. La plateforme étant en cours de remontage, c’est le moment idéal pour intervenir et faire ces modifications. Tout va se faire par une manipulation de connecteurs mâles et femelles (pour ce faire, les câblages de tous les équipements seront déconnectés et reconnectés sur des socles qui recevront ces connecteurs mâles et femelles. Pour les intervenants, finis les tournevis et les clés pour déconnecter les câbles qui alimentent la plateforme depuis deux énormes groupes électrogènes. Même chose pour le reste des équipements de la base (sauf la cuisine et le réfectoire, ainsi que les conteneurs qui servent de chambres). Pour en finir, le travail est simplifié, on repère les câbles, on débranche les connecteurs, on roule les câbles souples en torches, on charge sur le camion et le travail est fini.

Les horaires : 12 heures par jour y compris samedi et dimanche (en plein soleil car jamais d’ombre). Pour le responsable des travaux de forage et le personnel, c’est 3 semaines dans ces conditions et repos les 3 semaines suivantes en France.

Le voyage : Une inconnue. Nous prenons le vol Paris-Niamey et nous arrivons dans la nuit. L’aérogare est pratiquement déserte. Là, une personne nous attend et nous dit que nous allons rester là jusqu’au lever du jour. Le jour se lève et nous voilà sur la piste où un petit coucou nous attend (plutôt serrés à 4 et bien sur le pilote). Nous décollons, première halte sur une piste en terre battue pour faire le plein.
Beau paysage, du sable à perte de vue, (normal nous sommes en plein désert). Nous repartons et l’arrêt suivant, pareil sur une piste en terre battue et là nous sommes attendus par deux véhicules range rover et nous ferons le reste du voyage par la piste. Nous sommes tout près de la frontière du Tchad. Par contre, on a plutôt chaud car nous portons toujours les habits (pas adaptés à ces températures) depuis notre départ de France.

La base : Se trouve dans le désert au milieu de nulle part, que du sable, pas d’arbres. Elle se compose de conteneurs climatisés qui servent de bureaux et de chambres à deux lits. Un ensemble qui comprend réfectoire, cuisine et chambre froide, alimenté par un groupe électrogène indépendant. (Le réfectoire est ouvert toute la journée et on peut s’y rendre à tout moment pendant les heures de travail pour se rafraîchir, bien entendu pas d’alcool sur le site). Je ne me rappelle plus très bien, mais je pense que les 50 degrés sont largement dépassés. La plateforme en cours de remontage est à une centaine de mètres et avec le personnel de Neptune Forex, on doit être une bonne vingtaine.

Le ravitaillement : Il y a une équipe qui s’occupe de l’approvisionnement en carburant pour les groupes électrogènes, la nourriture, la boisson, l’eau pour la cuisine et les sanitaires etc… que nous croisons rarement sur la base. La cantine est un trois étoiles avec nourriture à volonté car pour le responsable des travaux, vu les conditions dans lesquelles nous travaillons, le principal est que tout soit parfait pour notre bien-être). Cette équipe fait la navette entre Niamey et la base (minimum deux jours de piste).
Il y a une autre équipe, que l’on n’a jamais vue, qui est déjà partie à l’endroit suivant préparer le terrain pour le remontage de la plateforme après fin du forage où nous sommes. Les deux équipes se déplacent sur les pistes avec d’énormes camions (comme les engins que l’on voit sur les chantiers d’autoroute) sauf que leurs roues sont énormes. Je pense bien plus de 2 mètres de haut. Je ne compte pas ces gens-là dans les effectifs. Après renseignement, ce sont des Libanais genres mercenaires avec tout l’attirail nécessaire pour se défendre sur les pistes car ils s’attendent à tout.

Anecdote : Un soir, en sortant du réfectoire, un collègue de la société qui nous emploie a vu une vipère des sables filer sous un conteneur dortoir. C’est un peu la panique et ni une ni deux, un chauffeur va sur le chantier et revient avec son engin de levage. Le conteneur est soulevé, mais on ne voit que la trace de la vipère dans le sable. Tant pis, il le repose et on n’est qu’à moitié rassurés. (Ce n’était pas le mien).

Le retour : Notre prestation se termine et nous ne traînons pas sur le site. Le retour se fera comme à l’aller, Range Rover, la piste et le fameux coucou, sauf que cette fois ci, on a droit au dîner et la nuit à l’hôtel de Niamey. Ce chantier a été dur, dur à cause de la chaleur.